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Les appréciations portées sur le Général HERING ont le mérite de la clarté!
Portées essentiellement sur le rôle du Général HERING entre les deux guerres mondiales, les appréciations citées concernent la qualité prophétique de ses enseignements, sa vision stratégique militaire, et sa ligne de conduite dans un climat politique et social délétère qui a conduit la France à la défaite de 39/40.
Si le Maréchal PETAIN l'avait choisi comme Chef de son Etat-Major au sortir de la première guerre, le Colonel de GAULLE, enthousiasmé par sa vision stratégique, espérait le voir désigné aux plus hautes fonctions dès 1935. Mis à part le Général allemand von BRAUSCHTICH - qui avait su tirer profit des enseignements du Général HERING en 1939 - les Maréchaux de LATTRE de TASSIGNY, JUIN, et GUILLAUME, ainsi que le Général VALLUY, quatre de ses anciens élèves de l'Ecole Supérieure de Guerre, sont les seuls officiers généraux français en activité après-guerre, à avoir mis en pratique ses enseignements, et a lui en avoir témoigné reconnaissance jusqu'à la fin de la Guerre d'Indochine.
En prenant connaissance des archives du général Héring, l'historien peut se demander pourquoi et par qui, la guerre de 39-40 a été perdue. Au plan politique, comment les gouvernements DALADIER et REYNAUD ont-ils pu laisser faire le pacifisme ambiant qui régnait dans la société française à l'initiative du Parti Communiste? Au plan militaire, pourquoi le Haut Commandement se refusait à faire face aux nécessités d'une guerre de mouvement, entretenant le compartimentage et l'esprit de compétition inter armes, freinant ainsi toute possibilité de mettre en action la dynamique prônée depuis 1926 par le général Héring, lorsqu'il était Commandant de l'Ecole Supérieure de Guerre?
Par un apriori de confiance dans la capacité des décideurs à opter pour le bon choix, Pierre Héring n'a pas manqué de communiquer au Conseil Supérieur de la Guerre et à ses pairs sa vision stratégique à partir d'une évolution de la guerre en Europe de 1930 à 1940 qu'il a parfaitement déchiffrée, annoncée en temps utile, et confirmée au fil des évènements sans que le Haut Commandement et les responsables politiques aient jugé opportun de prendre en compte ses recommandations et ses avertissements! Le Général HERING, dont la droiture intellectuelle, connue de tous, l'écartait de toute compromission politique, a-t-il été trop respectueux des contraintes hiérarchiques et des Autorités institutionnelles?
Il appartient aux historiens contemporains de savoir pourquoi les recommandations du général n'ont pas été suivies d'effet lors de la campagne de France, alors qu'elles le furent à l'étranger, tant par les Allemands, que par nos alliés anglo-américains, et de comprendre les choix du gouvernement français sur les critères retenus pour déterminer à qui confier le Commandement en Chef de notre Armée!
La justesse de sa vision permit au moins à Pierre HERING d'appliquer au sein de l'Armée de Paris en 1940, l'organisation des groupements tactiques inter-armes qu'il a toujours souhaité voir généraliser après en avoir fait la démonstration avec succès aux grandes manoeuvres qu'il dirigea en présence des Alliés en 1934 dans la Région Est, puis en 1937 en Normandie devant DALADIER, Chef du Gouvernement, et Lord BALISHA, Ministre de la Guerre de Grande-Bretagne.
Si son humour légendaire lui permit de supporter certains écueils en les relativisant, c'est bien sa grandeur d'âme à pardonner l'ingratitude des grands de ce monde, - notamment de ceux qui s'approprièrent a posteriori ses enseignements -, que l'on retiendra pour la postérité. Au moins le Général Héring eut-il la satisfaction de voir appliqués sa vision et ses enseignements par les grands chefs qu'il avait promus : les maréchaux de Lattre de Tassigny et Juin, ainsi que le général Valluy qui lui en sont restés ouvertement reconnaissants.     |