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Garde des usines (pages 14 à 19) Suggérer par mail

                                                                                   III

                                                                   GARDE DES USINES

Si, d'une façon générale, les ouvriers parisiens se sont montrés, dès le début de la guerre, conscients de leurs devoirs de français et décidés à remplir ces devoirs, il n'en reste pas moins que les milieux ouvriers de la Région Parisienne se trouvaient particulièrement exposés aux tentatives défaitistes et commnistes.

Il fallait s'attendre également aux actes de sabotage que ne manqueraient pas de tentés les agents ennemis, à la faveur d'une agitation révolutionnaire savamment préparée.

Aussi bien, l'attention du Gouverneur Militaire de Paris s'état elle portée plus particulièrement sur les grandes usines de la Capitale et des environs.

A l'occasion de la mise au point du plan de protestation et à la suite d'une Conférence tenue à l'Hôtel des INVALIDES avec le Président des Industries Metallurgiques de la Région Parisienne, Monsieur CHALEIL, il avait ait garder, le 5 Octobre, par des détachements des Régiments Régionaux, les principaux établissements métallurgiques.

Cette mesure ne manqua pas de provoquer une vive émotion dans les partis politiques qui vivaient de l'exploitation des ouvriers. Leurs chefs s'en étant plaints au Gouvernement, celui-ci invita prudemmentle Gouverneur à retirer les postes de garde des usines, sous prétexte que les industriels considéraient cette mesure comme une marque de méfiance vis-à-vis des ouvriers.

Le prétexte était faux, comme le Gouverneur en eut la preuve au cours d'un second entretien avec Monsieur CHALEIL.
Les industriels, comme les ouvriers, avaient trouvé cette mesure toute naturelle, puisque nous étions en temps de guerre.

Le 11 Octobre le Gouverneur Militaire de Paris adresse au Président du Conseil la lettre suivante:

" A la suite des mesures de précaution que j'ai cru devoir prendre le 5 Octobre dernier pour la sécurité de certaines usines figurant au plan de garde, mais non dotées de postes permanents, vous m'avez fait observer que ces dispositions avaient provoué une certaine émotion.
L'enquête à laquelle j'ai fait procéder auprès des industriels m'a conduit à cette conclusion qu'aussi bien dans les directions d'entreprises que dans les milieux ouvriers, ces mesures ont été accueillies avec faveur. Elles répondent en effet, a des besoins de garde de matériels de guerre et à des préoccupations de défense immédiate des usines, et j'incline à penser que les rapports qui vous ont été remis résultent d'interprétations erronées.
Sauf contreordre de votre part, je me propose de remettre en place prochainement ces différentes "Gardes".

                                                                   Signé: HERING

Le Cabinet du Ministre répond par téléphone, le soir même: "On prie le Général Gouverneur de ne pas donner suite à cette intention sans avoir pris l'accord du Préfet de police"

Le Préfet de Police ne cache pas au Gouverneur qu'il partage les appréhensions du Gouvernement relativement à la garde des usines. Il estime qu'une simple surveillance suffirait:
. à l'intérieur des usines, par le personnel dirigeant;
. autour des usines, par la police.

Peu à peu, tout le monde se mêle de la question: le Cabinet du Ministre, le Ministre de l'Intérieur, le Ministre de l'Armement, la Marine, l'Air, le Ministre du Travail.

A la suite de deux réclamations adressées verbalement au Président du Conseil et au Président de la République, le Gouverneur de PARIS, excédé de ces aternoiements, écrit, le 29 Décembre au Président du Conseil qu'en sa qualité de Gouverneur, responsable du maintien de l'ordre dans la Capiale, il demande instamment qu'on le laisse faire.

Mais l'Administration Centrale ne perd pas ses droits: le 3 Janvier 1940, a lieu au Ministère de l'Intérieur une conférenceà laquelle assistent des représentants de tous les Ministères et Directions intéressés, et dans laquelle est donnée lecture d'un D.E émanant d'un nouveau Bureau de l'Intérieur et fixant les règles générales de la sécurité des usines.

Au terme de cette Circulaire
la Sécurité comporte:
. les renseignements sur l'activité des Communistes et des agents ennemis
. les mesures de protection.

Les diverses sources de renseignements sont: la Sûreté Nationale, la Police, les usines, p.i de l'Armement, de l'Air, de la Marine, enfin le 2ème Bureau B.C.R de la Région.

Les mesures de protection comportent:
. l'auto surveillance des établissements par l'intermédiaire de l'Armement, de la Marine et de l'Air.
. la surveillance des abords des usines par la Police.
. les gardes militaires (à la demande, ou permanentes) des points sensibles, dont la liste est à fournir par l'Armement, la Marine et l'Air.

La Région Militaire n'est plus que l'agent d'exécution.
Le Gouverneur Militaire demande tout d'abord que les renseignements émanant des différentes sources énumérées ci-dessus soient centralisées au 2ème Bureau BCR de la Région.
Pour ce qui concerne les mesures de protection, il se réserve d'intervenir lui-même si la procédure préconisée dans l'instruction ministérielle s'avère inopérante, comme tout semble le faire prévoir.

Le 15 Janvier, la Région rend compte au Gouverneur Militaire que le travail n'avance pas. Il faudrait des mois pour recueillir tous les renseignements nécessaires, en faire la synthèse, établir ensuite un nouveau plan de protection et en assurer la réalisation. Le Gouverneur qui veut réaliser tout de suite, décide de dresser lui-même, avec la documentation dont il dispose et sans attendre les renseignements demandés à l'Armement, la Marine, et l'Air, la liste des usines les plus importantes à faire garder.

Des reconnaissances seront envoyées des érrêtgés de cette liste, dans les usines, pour prendre contact avec les Directeurs, préciser les points sensibles, étudier la garde des abords et le contrôle des entrés, enfin se rendre compte des mesures d'auto-protection déjà prises ainsi que des mesures anti-aériennes.

La Région donnera ses ordres au reçu des rapports de reconnaissance.
Plus tard, on verra à compléter la liste et à perfectionner les dispositions déjà prises pour la garde.

La mise en place du service de garde a été terminée à la fin de février. Elle n'a donné lieu à aucune réclamation, ni des mInistères intéressés, nis des Industriels, ni des Ouvriers.

La Bataille était gagnée. Mais que de temps perdu! "J'ai l'impression, disait le Gouverneur au Président du Conseil, d'être entré dans la maison Westinghouse-freins continus"