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1954 - Portrait du Maréchal Pétain par le Général de Gaulle dans l'Appel Suggérer par mail

Dans ce récit, écrit 10 ans après les évenements relatés, le Général de GAULLE, avec beaucoup d'habilité (et de malignité?) campe un portrait du Maréchal PETAIN destiné à justifier pleinement la légitimité de son départ à Londres en pleine débacle, ses actions hostiles contre les décisions du Maréchal pendant la guerre, en métropole comme dans les territoires d'outre-mer, et sa propre soumission "à la Commune", c'est-à-dire aux communistes en 1945.
Ce portrait appuyé d'un viellard sénile et orgueilleux, veut gommer, et faire passer aux oubliettes de l'Histoire, les faits d'une résistance pathétique, louvoyante, discrète et efficace à la fois, du Maréchal face au monstre nazi pendant les quatre années d'occupation.

 

... Au Maréchal Pétain, qui dînait dans la même salle, j'allai en silence adresser mon salut. Il me serra la main, sans un mot. Je ne devais plus le revoir, jamais.

Quel courant l'entraînait et vers quelle fatale destinée?

Toute la carrière de cet homme d'exception avait été un long effort de refoulement. Trop fier pour l'intrigue, trop fort pour la médiocrité, trop ambitieux pour être arriviste, il  nourrissait en sa solitude une passion de dominer, longuement durcie par la conscience de sa propre valeur, les traverses rencontrées, le mépris qu'il avait des autres. La gloire militaire lui avait, jadis, prodigué ses caresses amères. Mais elle ne l'avait pas comblé, faute de l'avoir aimé seul. Et voici que, tout à coup, dans l'extrême hiver de sa vie, les évenements offraient à ses dons et à son orgueil l'occasion, tant attendue! de s'épanouir sans limites; à une condition, toutefois, c'est qu'il acceptât le désastre comme pavois de son élévation et le décorât de sa gloire.

Il faut dire que, de toute manière, le Maréchal tenait la partie pour perdue. Ce vieux soldat, qui avait revêtu le harnois qu lendemain de 1870, était porté à ne considérer la lutte que comme une nouvelle guerre franco-allemande. Vaincus dans la première, nous avion gagné la deuxième, celle de 1914-1918, avec des alliés sans doute, mais qui jouaient un rôle secondaire. Nous perdions maintenant la troisième. C'était cruel, mais régulier. Après Sedan, et la chute de Paris, il n'était que d'en finir, traiter, et le cas échéant, écraser la Commune, comme, dans les mêmes circonstances, Thiers l'avait fait jadis. Au jugement du vieux Maréchal, le caractère mondial du conflit, les possibilités des territoires d'outre-mer, les conséquences idéologiques de la victoire d'Hitler, n'entraient guère en ligne de compte. Ce n'était point là des choses qu'il eît l'habitude de considérer.

Malgré tou, je suis convaincu qu'en d'autres temps, le Maréchal Pétain n'aurait pas consenti à revêtir la pourpre dans l'abandon national. Je suis sûr, en tous cas, qu'aussi longtemps qu'il fut lui-même, il eut repris la route de la guerre dès qu'il put voir qu'il s'était trompé, que lq victoire de meurait possible, que la france y avait sa part. Mais, hélas! les années, par-dessous l'enveloppe, avaient rongé son caractère. L'âge le livrait aux manoeuvres de gens habiles à se couvrir de sa majestueuse lassitude. La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous fut épargné, la vieillesse du Maréchal Pétain allait s'identifier avec le naufrage de la France.
                                                                                                              (L'Appel)

 

 

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