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30 Octobre 1954, Paris-Match - Réponse du Général HERING au Gal de GAULLE Suggérer par mail

 

En ma double qualité d'ancien commandant de l'Armée de Paris, et de président de l'"Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain", je crois de mon devoir de redresser un certain nombre d'erreurs d'appréciation commises au préjudice de deux grands chefs, le Maréchal et le général Weygand, coire même d'entorses à la vérité historique, qui m'ont douloureusement frappé à la lecture des extraits des mémoires du général de Gaulle, parus dans le numéro 289 de la revue Paris-Match.

Lorsque le gouvernement a pris la décision, en 1940, de fair appel au général Weygand, il s'est souvenu d'une des dernières recommandations du maréchal Foch:
" Si jamais la France se trouvait de nouveau dans une situation critique, je ne vois que Weygand qui pourrait l'en tirer".
Cette décision arrivait malheureusement trop tard.
Dès sa prise de commandement, le Général Weygand se rendit compte de l'extrême gravité de la situation:
" Vous ne pouvez pas vous faire une idée de ce que j'ai vu et de ce que je souffre", m'a-t-il dit en revenant de sa reconnaissance dans le Nord.

Loin de se laisser abattre par l'adversité, le nouveau commandant en chef n'en conservait pas moins la ferme résolution de lutter jusqu'à épuisement de ses forces; ses ordres en font foi.

Mais les évenements ne tardèrent pas à le dépasser. Après la capitulation de l'armée belge et le repli des forces britanniques, la retraite du groupe des armées du Nord s'imposait. C'est alors que le général Weygand prit la décision de jouer la dernière carte sur la Somme et l'Aisne.

Entre temps, de Gaulle, nommé sous-secrétaire d'Etat à la Guerre, était venu apporter au commandant en chef le secours de ses "conseils", l'engageant à replier l'armée française en Afrique du Nord, pour continuer la guerre en partant de cette nouvelle base...
Le Général Weygand accueillit cette proposition par un éclat de rire que l'orgueilleux conseilleur ne devait jamais lui pardonner.
La manoeuvre stratégique proposée par de Gaulle n'était, en effet, qu'une vue de l'esprit.
Le repli improvisé des Foreces Françaises en Afrique du Nord était irréalisable:

  1. Les Allemands opérant avec des avant-gardes motorisées, auraient atteint la Méditerranée avant nous;
  2. Grâce à leur supériorité écrasante en aviation, ils auraient coulé la flotte de transport avant même l'embarquement des troupes.

En supposant qu'une partie des forces françaises, échappant à l'étreinte allemande, eût réussi à gagner l'Afrique du Nord, elle aurait été incapable de faire tête à une attaque allemande par l'Espagne, attendu que l'Afrique du Nord se trouvait démunie de troupes et de moyens de ravitaillement.

En accordant le 25 Juin à la France, un armistice qui n'était nullement une capitualtion, puisqu'il laissait à la France, non seulement sa flotte, mais une armée, Hitler a laissé passer l'occasion de porter à la coalition le coup décisif. Ses lieutenants, pour la plupart, le lui ont amèrement reproché.

A vrai dire, le maréchal Pétain et le général Weygand n'ont jamais douté du caractère mondial que pouvait prendre le conflit. C'est même une des raisons pour lesquelles ils n'ont pas hésité à demander un armistice, qui, seul, pouvait leur donner la possibilité de reconstituer une armée prête à reprendre la lutte dans des conditions nouvelles.

Le général de Gaulle, en arrivant en Afrique du Nord à la suite du débarquement des forces anglo-américaines, a été trop heureux de pouvoir disposer de l'armée d'Afrique, reconstituée par les génraux Weygand et Juin, sur l'ordre du maréchal Pétain.

Sans l'armistice, quel eût été le sort des 40 millions de Français livrés à l'envahisseur?
De Gaulle, qui n'a pas partagé les souffrances du peuple français pendant l'occupation, ne peut pas s'en rendre compte.
Pour lui, jes Français n'avaient qu'à faire de la "résistance".
C'eut été du joli! alors que, ni les Anglais ni les Américains ne se trouvaient en mesur de leur venir en aide.

Pour répondre à l'accusation d'ambition sénile, portée par de Gaulle contre son ancien chef, le maréchal Pétain, qu'il me suffise de rappeler le passage suivant de ma déposition au procès du maréchal, devant la Haute Cour:

"Quand je me suis présenté à la villa Sévigné, le lendemain du jour où l'Assemblée nationale venait de conférer à celui qu'elle considérait comme le sauveur de la France, le titre de Chef de l'Etat avec les pleins pouvoirs, j'ai demandé au maréchal: " Peut-on vous féliciter? - A titre de martyr seulement", m'a-t-il répondu, sans me cacher son émotion.
A sa place, un ambitieux se fût contenté de me serrer la main, avec un sourire satisfait.

Les mémoires sont, en général, écrits pour la plus grande gloire de leur auteur. C'est humain.
Encore faut-il que l'auteur mette une certaine discrétion dans les louanges qu'il se décerne, et, surtout, qu'il ne travestisse pas la vérité historique pour appuyer sa thèse.

Malgré les bos souvenirs que je conserve de mon ancien collaborateur et ami de l'état-major du maréchal Pétain, il ne m'est pas possible de le suivre dans une voie que je réprouve.

                                                        " Amicus Plato, sed magis amica veritas."

signé: P. Héring

 


 

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