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JUSTICE
Entre nous, d’homme à homme, estimez-vous que le maréchal Pétain a trahi ? Telle est la question que je viens de poser à un certain nombre de personnalités éminentes, non favorables au maréchal. Mes interlocuteurs m’ont répondu invariablement : - Mais non, le maréchal n’a pas trahi. Chacun d’eux ajoutant : - Ce que je me permets de critiquer, c’est tel ou tel de ses actes de gouvernement. Aujourd’hui, je lis dans l’hebdomadaire Une semaine dans le Monde du 8 Mai 1948 un article de M. A. Kammerer, ambassadeur de France, intitulé « Le véritable Montoire » et dont la conclusion est la suivante : « … Le maréchal n’a mérité, à propos de Montoire, ni l’excès d’honneur dont le gratifie son thuriféraire (1) ni l’excès d’indignité que lui infligent ses détracteurs. Ramené à l’échelle humaine, il était un vieil homme fatigué sur lequel pesait une responsabilité qui n’était plus de son âge. Son action sur le tyran du monde, loin d’être miraculeuse, fut nulle. Il n’eut pas de secret au sens du dix-huitième siècle, ou plutôt, comme l’a dit Flandin, s’il eut un secret, ce fut celui de Stresemann : finasser, rompre et, si possible, reprendre. « IL N’EUT PAS D’AUTRE POLITIQUE QUE CELLE DE LA RESISTANCE PASSIVE, SON PATRIOTISME SE TRADUISIT PAR L’OBSTRUCTION, L’OBSTINATION. IL Y FUT MAITRE. » « Puis ses moyens physiques furent débordés. Comme tant de vieillards, il se laissa aller, par lassitude, au point d’être de l’avis du dernier qui parlait ». M. Kammerer ne se montre pas précisément tendre pour le « cadre sénile ». On ne peut pas dire qu’il soit suspect de partialité à l’égard du maréchal.
Ce que je retiens de sa conclusion c’est que, loin d’entretenir des intelligences avec l’ennemi, le maréchal a résisté de toutes ses forces aux exigences d’Hitler, comme il ressort d’ailleurs des dépositions de Sauckel, Ribbentrop, Renthe-Fink et autres. L’illustre prisonnier dont la Haute-cour a fait un collaborateur pour les besoins de la cause, s’avère, en réalité, non seulement « résistant », mais résistant « obstiné ». Ainsi donc de hautes personnalités, jugeant en toute objectivité, reconnaissent que le maréchal Pétain, condamné à mort pour crime de trahison, n’a pas trahi.
Le laisserons-nous alors « avaler sa médecine », suivant l’expression d’un écrivain en vogue qui se pique d’être un grand chrétien (2) ? Sous le fallacieux prétexte de « raison d’État », accepterons-nous, avec résignation, le verdict infâmant de la Haute-cour de 1945 ? Connaissant d’avance la réponse de tous les braves gens, et bien qu’appartenant moi-même au « cadre sénile », je me refuse à sombrer dans la désespérance.
La justice aura le dernier mot.
Paris, le 17 Mai 1948
Général d’armée HERING (1) Louis-Dominique Girard, auteur de « Montoire, Verdun diplomatique » (2) François Mauriac, cité par le général Héring, et rapporté par son petit-fils Philippe Zeltner en 2007
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