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Juillet 1947 - Les Ecrits de Paris, "Pourquoi n'a-t-on pas défendu Paris?" - Pourquoi ... Suggérer par mail
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Pourquoi n'a-t-on pas défendu Paris?

Paris n'a pas été défendu en Juin 1940. Ni les Parisiens, ni même les combattants de cette époque n'en connaissent les véritables raisons.

Aux populations des vallées de l'Oise, de la Nonnette et de l'Ourcq qui, depuis Septembre 1939 suivaient, non sans une appréhension légitime, les progrès des organisations défensives de la position de sûreté, aux braves gens qui s'étaient préparés avec un tranquille courage, à recevoir le choc de pied ferme, aux combattants de l'Armée de Paris et de la 7ème Armée qui , bien qu'épuisés par six jours de bataille, ont fait tête victorieusement les 11, 12, et 13 Juin 1940, à tous les résistants de la première heure, je devais depuis longtemps des explications.

La revue "Ecrits de Paris" m'offre aujourd'hui l'occasion de remplir ce devoir. J'en exprime à son directeur ma très vive gratitude.

Dans la pensée du gouverneur de Paris, telle qu'il l'avait formulée le 8 Septembre 1939, la création d'une position de sûreté couvrant Paris au nord et à l'est, entre la Basse-Sein et la Marne, répondait à un double but:
1. En tout état de cause, mettre la capitale à l'abri des incursions possibles de formations bindées allemandes.
2 En cas d'invasion, constituer, avec la Basse-Seine et la Marne, l'ossature d'une position d'arrêt, sous la protection de laquelle nos armées de campagne, supposées en retraite, se reconstitueraient.

Le tracé de cette position, arrêté le 12 Septembre suivant, empruntait de l'est à l'ouest: le cours de l'Oise, de Conflans Sainte-Horine à Précy-sur-Oise, celui de la Nonnette aux lisières nord des forêts de Chantilly et d'Armenonville, la lisière nord de Bois-le-Roi, la vallée de la Grivette, le canal de l'Ourcq, le cours de la Marne jusqu'à la Ferté-sous-Jouarre, limite est du GMP.

Son organisation devait comporter:
. Le barrage par des fossés antichars des trouées de Bacon et de Betz, dépourvues d'obstacles naturels, ainsi que de la boucle de l'Oise, au nord de Conflans, et du saillant de Neufchelle, sur la route de Laon;
. Le renforcement des obstacles de la Nonnette et de la Grivette par un système de de champs d'inondation;
. L'obstruction de toutes les routeset chemins de pénétration par des barricades de tétraèdes;
. La défense des points de passage ainsi que des intervalles par des points d'appui, constitués par des blockhaus bétonnés pour canons antichars et pour mitrailleuses. En outre, des travaux de défense complémentaires, en particuliers des abatis, étaient prévus, dont la construction ne devait être entreprise qu'en cas de repli de nos armées de campagne.

Les travaux commencèrent le 20 Septembre.
Ils furent exécutés par des régiments de travailleurs, actionnés par trois états majors du génie, sous la direction du Général de Chavrineau, commandant le génie de la région de Paris.
Poursuivis tout l'hiver 1939-1940, malgré les rigueurs de la saison, ils furent terminés à la fin du mois d'Avril 1940.
Dans l'ensemble, ces travaux comprenaient:
. 180 casemates bétonnées pour canons antichars;
. 200 abris bétonnés pour mitrailleuses;
. 15 Kilomètres de fossés antichars;
. Des barricades de ponts et de routes représentant un total de 1.000 tétraèdes en acier.

L'étude des conditions d'occupation de cette position avait conduit à prévoir, pour sa défense, en sus des effecrifs de garde, un minimum de trois divisions, munies de tous leurs moyens antichars, et d'une dotation supplémentaire de cinquante canons de 25 ou de 47.
Les premières demandes de matériel antichars furent adressées au ministre le 15 Janvier 1940. Bien que maintes fois renouvelées, elles ne purent être satisfaites, faute de matériel disponible, que progressivement à partir du 14 mai.

Dès le début de l'offensive allemande, des travaux complémentaires furent entrepris, avec le concours des services de Travaux publics de la ville de Paris, sous la direction de M. Giraud. Ces travaux furent poursuivis jusqu'au 10Juin:
. Prolongation de la position de sûreté jusqu'à Château-Thierry sur la Marne, Meulan puis Vernon sur la Seine.
. Construction d'une ligne de sûreté intérieure, couvrant les abords immédiats de la capitale, de Cormeilles à Neuilly-sur-Marne, par Drancy et Bobigny, ultérieurement de Neuilly-sur-Marne à Charenton. ( Barrages de routes par des barricades de rails et abris bétonnés pour canons et mitrailleuses)
. Construction d'une ligne de sûreté intérieure, analogue à la précédente, couvrant les entrées sud de Paris, en prévision de descentes de parachutes sur nos arrières.
. Organisation en profondeur des carrefours, entre la position de sûreté extérieure et la position intérieure (quinconce de centres de résistance).
. Transformation de la position de sûreté de Paris en position de défense (points d'appui néchelonnés en profondeur, abatis massifs exécutés dans les forêts jalonnant le front de la position).
. Création d'une brettelle sur la Marne, entre Meaux et Neuilly-sur-Marne.
. Préparation des destructions de ponts, ouvrages d'art, carrefours, etc.
. Installation de champs de mines.

Le 14 mai, à la nouvelle du franchissement de la Meuse par les Allemands, et de la rupture du front fortifié du Nord-Est, le gouverneur militaire de Paris ordonne la mise en place imméditate du dispositif de garde de la position de sûreté.
A partir de cette date, des moyens de diverses natures sont mis à la disposition du GMP pour renforecer la garde de la position.
Arrivent successivement: des batteries de 75 tractées, des batteries de marine de 47 et de 65, des canons antichars de 25, des compagnies de dépôt de tirailleurs nord-africains, etc.
Au début de Juin, la garde de la position de sûreté comprend: 10.000 hommes, 200 canon, 30 chars. Quant aux grandes unités jugées nécessaires pour défendre la position, elles ne commenceront à arriver que le 7 Juin, soit 3 jours avant l'attaque allemande.

Le moins que l'on puisse dire, de l'aveu du gouverneur, c'est que, pendant ses neuf mois de commandement, la préparation de la défense a été le leit-motiv de ses préoccupations.

Malgré l'indifférence quasi générale, à laquelle se sont heurtées ses initiatives défensives, malgré les sarcasmes dont elles ont été l'objet de la part de certains matamores qui se refusaient, de parti pris, à envisager l'hypothèse d'un repli stratégique, le gouverneur de Paris a poursuivi son idée jusqu'à réalisation compète de l'organisation qu'il avait conçue dès le lendemain de sa prise de commandement.

 



 

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