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Le repli stratégique de l'Armée de Paris en 1940 Suggérer par mail

Dans la conclusion de son Journal de Guerre de 1940, le général HERING stigmatise la mentalité défensive du Grand Etat Major, qui a attendu la catastrophe des Armées du Nord en Mai pour mettre en oeuvre des mesures que le Général préconisait lorsqu'il dirigeait l'Ecole Supérieure de Guerre en 1928, à savoir: organiser une stratégie de repli à caractère offensif, qu'il appelait une "dérobade", et qu'il opposait à la tentation d'une retraite sous forme de débandade généralisée.

CONCLUSION

L’Armée de Paris, conçue dans la détresse, n’a vécu que le dernier acte de la campagne de France de 1940.
De l’étude des opérations qu’elle a menées, dans le cadre du G.A 3, au cours de son existence éphémère, il paraît possible néanmoins de dégager un certain nombre d’enseignements, ayant trait plus particulièrement au repli stratégique.

Le repli stratégique répond à un double but :

•    Soustraire à l’emprise de l’ennemi les Armées dont la situation se trouve compromise ;
•    Permettre à ces Armées de reprendre la lutte dans des conditions plus favorables, sur un champ de bataille choisi en conséquence, organisé défensivement et gardé.

Une opération aussi délicate à diriger et à exécuter ne s’improvise pas. Sous peine de dégénérer en retraite désordonnée, elle doit avoir été prévue de longue date et minutieusement préparée.

Dès mon entrée en fonction au Gouvernement Militaire de Paris, le 7 Septembre 1939, j’ai soumis au Général GAMELIN le projet d’organisation d’une position de sûreté, couvrant PARIS au Nord et à l’Est, et susceptible de constituer, avec la Basse Seine et la Marne, l’ossature d’une position d’arrêt, sous la protection de laquelle nos armées, supposées battues, se replieraient.

Tout en espérant bien que pareille éventualité ne se présenterait pas, j’insistai sur la nécessité de prévoir tous les cas, même le plus défavorable, et je demandai en conséquence au Commandant en Chef de me faire connaître, le plus tôt qu’il lui serait possible, les conditions générales d’un repli stratégique éventuel sur la basse Seine et la Marne.

Mais le C.Q.G considérant la 2ème position du champ de bataille frontière, à peine ébauchée d’ailleurs, comme la limite extrême d’un fléchissement possible de notre front, ma demande fut accueillie avec un sourire plein d’indulgence : « La bataille n’est pas à PARIS, mais sur la frontière. Soyez sans inquiétude ».

Inutile d’ajouter qu’aucune étude d’ensemble ne fut entreprise par le grand Etat-major, dans le sens que j’avais indiqué, jusqu’à la catastrophe des Armées du Nord, en Mai 1940.

Le 26 mai 1940, lorsque je repris la question avec le Général WEYGAND, la situation sur le front du Nord s’avérait désespérée ; le Général venait de prendre la décision d’établir un nouveau front sur la Somme et l’Aisne.
Malheureusement ce champ de bataille n’ayant pas été prévu, n’était ni organisé ni gardé. Il était trop tard pour le faire et déjà les Allemands s’étaient assurés des têtes de pont sur la Somme.

Avec ce qui nous restait de forces, pourrions-nous résister à la ruée allemande sur le front improvisé ?
Sans se dissimuler la gravité de la situation, le général WEYGAND estimait prématuré d’arrêter dès à présent les conditions d’un nouveau repli, auquel il ne se soumettrait d’ailleurs que contraint et forcé.

Toutefois, en prévision d’une catastrophe toujours possible, il prescrivit un certain nombre de mesures de précaution, concernant l’organisation de PARIS, celles des carrefours en arrière du front, ainsi que le plan général de destructions (1).
Mais ce ne fut que le 7 Juin, après l’effondrement du front de la Somme, que le Commandant en Chef consentit à faire droit à ma demande de 3 divisions constituant un minimum d’effectif indispensable pour assurer la défense de PARIS.
Le G.A.3 était alors en pleine retraite. Au lieu de démasquer la tête de pont de PARIS, comme je l’avais demandé le 26 Mai, ses armées convergeaient sur la capitale, favorisant ainsi la manœuvre allemande de double enveloppement qui se dessinait déjà sur la Basse Seine et al Marne.
Cette manœuvre poursuivie par les Allemands jusqu’à l’Armistice, allait enlever au G.A. 3 toute possibilité de rétablissement :

•    Le 12 Juin soir, l’avance des Allemands sur EVREUX et sur COULOMNIERS rendait nécessaire et urgente l’évacuation de la tête de pont de PARIS.
•    Le 16 Juin, alors que la Loire d’Orléans n’était pas encore atteinte, la défense du fleuve se trouvait déjà compromise par la poussée des Panzer Divisionen allemandes sur SENS, AUXERRE et COSNE. Cette poussée, prolongée en direction de BOURGES, allait entraîner à partir du 18, l’infléchissement du front du G.A.3 sur le Cher, puis sur l’Indre et la Creuse.
•    Le 20 juin, l’aile gauche du G.A.3 (SAUMUR, PONT de GENNES) se trouvait à son tour découverte, des forces allemandes venant de la région de RENNES ayant franchi la Loire à NANTES, s« Ville ouverte ».
•    Le 22 Juin, l’avance allemande sur notre flanc gauche atteignait la région NIORT, SAINTES, rendant vaine toute résistance sur la Charente.

Il en eut été de même sur la Dordogne, si l’armistice n’était pas venu mettre un terme aux hostilités.
A vrai dire, le terme de repli stratégique ne s’applique pas aux opérations au Sud de la Loire. Il ne s’agit plus, en effet, d’une manœuvre procédant d’une idée directrice et visant un but déterminé, mais d’une retraite générale, entièrement conditionnée par la progression des PANZER DIVISIONEN allemandes.

Dans une retraite effectuée sous la pression de divisions cuirassées appuyées par des escadrilles de bombardement en piqué, la grande affaire est d’éviter l’accrochage.

Une Armée – tout au moins ses gros – ne combat pas en retraite, à moins d’y être obligée. Elle se dérobe de façon à gagner au plus vite le nouveau champ de bataille qui lui est assigné et à s’y préparer à faire tête.
Toute résistance intermédiaire dans la nature ne pourrait que lui être fatale.


Nous dérober !

C’est bien ce que nous nous proposions de faire, et ce d’autant plus que les unités de marche de l’Armée de Paris n’étaient dotées que de moyens anti-chars et anti-aériens rudimentaires.
Mais le repli en vitesse d’une Armée suppose, à défaut des chemins de fer, - sur le fonctionnement desquels on ne peut plus compter aujourd’hui du fait des destructions causées par les bombardements aériens -, la motorisation intégrale des unités, ainsi que le dégagement des voies de communication.

Or ces conditions n’étaient de loin pas remplies :
•    L’Armée de Paris ne disposait en effet, au début de la retraite, que d’un groupe de transport auto, qui d’ailleurs ne lui était pas affecté en toute propriété.
•    Ce n’est qu’à partir de la Charente que le C.Q.G consentit à lui donner, sans restriction, un second groupe de transport. Comme quoi la centralisation des moyens de transport auto entre les mains du C.Q.G, qui peut se justifier dans une situation stabilisée, n’est plus de mise dans la guerre de mouvement.

Quant au dégagement de la zone de repli, il s’est trouvé irréalisable du fait de l’exode massif des populations.

Aussi bien, dès le 15 matin, l’Armée accrochée dans la Beauce, n’a-t-elle échappé à l’anéantissement que de justesse, et au prix de sanglants sacrifices.

Le repli des gros s’exécute sous la protection d’une double couverture :
•    Aérienne, incombant à l’aviation de chasse,
•    Terrestre, assuré par des arrière-gardes.

La couverture aérienne de l’Armée de PARIS s’est avérée inexistante, du début jusqu’à la fin de la retraite. L’aviation allemande, entièrement maîtresse de l’air, a pu s’en donner à cœur joie, en harcelant nos colonnes, notamment pendant la traversée de la Beauce et au passage de la Loire, dans les journées des 15, 16, et 17 Juin.
Rien de tel pour abattre le moral d’une armée.

Les arrière-gardes, du fait même de leur composition, se sont trouvées dans l’impossibilité de remplir efficacement leur mission.

On ne manœuvre pas, en effet, contre des G.U cuirassées, avec des formations à pied ou à cheval, surtout lorsqu’il s’agit d’une manœuvre aussi nuancée que celle d’une arrière-garde. Il faut pour cela des groupements de combat mécaniques blindés, appuyés par l’aviation de bombardement.
Certaines unités, en particulier de la 8ème D.I.C, de la 84ème et de la 85ème D.I, ont certes résisté vaillamment, mais leur sacrifice n’a eu pour résultat que de ralentir l’avance des unités allemandes de 2ème échelon, chargées de soutenir les divisions cuirassées.
Seules ont réussi à contenir les Panzer Divisionen allemandes, sans se laisser accrocher et encercler par elles, les formations de la 2ème D.L.M, et de la 4ème D.C.R, puis, au Sud de la Loire, celles du Corps de Cavalerie, dont l’attitude agressive en a imposé à l’adversaire.
Il ne leur a manqué que l’appui de l’aviation de bombardement, et pour cause.

Qu’il s’agisse d’une opération offensive ou défensive, l’exécution tactique consiste, en dernière analyse, à réaliser la synergie des armes, en vue d’atteindre dans les conditions optima le but tactique que l’on se propose.
Cette règle est absolue ; elle s’applique à l’aviation comme aux autres armes.

La synergie des armes a été réalisée d’une façon magistrale par les Allemands, et c’est au moins autant à l’art avec lequel ils ont su combiner les actions de leurs forces terrestres et aériennes, qu’à leur supériorité numérique et matérielle, qu’il faut attribuer leurs succès tactiques.

Exemple : le 9 Juin, la colonne allemande qui s’est présentée devant VERNON, dont le pont venait de sauter, et qui se trouvait en échec sous le feu des organisations françaises de la rive gauche, a obtenu le concours efficace de l’aviation de bombardement en piqué, dans un délai de moins d’une demi-heure.
Un signal de terre, perçu par un avion de surveillance, avait suffi pour déclancher l’intervention d’une formation de stukas.
Dans son rapport sur la bataille de l’Aisne, le général RÉQUIN, Commandant la 4ème Armée, signale à ce sujet que « l’Armée a capté de nombreux messages allemands, passés en clair par un Officier des forces blindées, commandant directement l’envol et l’emploi de l’aviation d’appui de l’action menée par les chars, stationnée sur des terrains plus ou moins proches ».

Subordination de l’aviation allemande au commandement des forces de terre, en ce qui concerne son emploi dans la bataille ; et décentralisation de l’exécution.

Quelle différence avec l’Armée française, où le particularisme d’armes continuait à régner en maître, notamment dans l’aviation !!
Que l’on en juge plutôt :

•    Le 10 Juin, à 11 heures du matin, le Général HASSLER, Commandant le Secteur de NANTES, me téléphone que les Allemands ont franchi dans la nuit précédente, la Seine en aval de VERNON, et qu’ils auraient pris pied dans la forêt de BIZY, menaçant de prendre à revers la défense de VERNON.
•    Je lui envoie aussitôt mes disponibilités (un bataillon d’infanterie), et une batterie de 47 tractée.
•    A 16h15, le général me confirme l’occupation par les Allemands de la forêt de BIZY.
•    N’ayant pas d’aviation à ma disposition, je m’adresse au Commandant du G.A.3. Ce n’est qu’à 18h00 que j’obtiens la communication.
•    Sur ma demande, le Général BESSON s’adresse aussitôt au C.Q.G de l’Air. Celui-ci répond qu’il a besoin d’un préavis de 5 heures.

C’était l’affaire remise au lendemain et pendant ce temps, les Allemands s’emparaient de VERNON.

Autonomie complète de l’aviation française, qui reste seule juge de l’opportunité de son intervention dans la bataille, et centralisation de l’exécution.

 

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