(1) Cardinal de Richelieu page 5
La discipline qui régit l'Eglise caholique n'a, d'ailleurs, rien d'absolu, elle fixe seulement les limites au-delà desquelles le droit du libre examen ne saurait être toléré, sous peine d'aboutir à l'anarchie des idées.
Aussi bien, une saine critique doit-elle amener les Protestants à reconnaître que la discipline n'est pas sans présenter de réels avantages, ne serait-ce que celui de mettre un terme au pullulement des sectes, dont l'Eglise Réformée donne, hélas, le triste spectacle.
Les résistances provenant de causes affectives seront, certes, plus difficiles à surmonter parce qu'inconscientes, notamment l'esprit de domination qui a toujours été, sinon la cause première, du moins la cause déterminante de tous les schismes.
Je rappelle à ce sujet le célèbre dialogue entre le maréchal d'Hocquincourt et le Père Canay où Saint-Evremont montre avec beaucoup de verve que, tout bien considéré, les querelles religieuses, en l'espèce celles des Jansénistes et des Jésuites, se réduisent presque toujours à une lutte pour la direction des âmes.
Cet esprit de domination, véritable obstacle à l'avènement du règne de Dieu, sera d'autant plus difficile à briser chez les Protestants que, pour eux, il s'agit de reconnaître la suprématie de leur ancienne rivale, l'Eglise Romaine, autrement dit, de se soumettre.
Soumission volontaire et raisonnée, me direz-vous, mais tout de même gros sacrifice d'amour-propre.
A cela, je ferai observer à mes coréligionnaires que, Jésus-Christ le premier, leur a donné l'exemple de l'humilité.
Que penserait d'eux le Seigneur, dont ils se font gloire d'être les fidèles disciples, s'ils se refusaient de Le suivre dans la voie douloureuse qu'Il leur a tracée?
Quoi qu'il en soit, le fusionnement des Eglises Chrétiennes ne saurait s'opérer par voie de décret.
L'unité religieuse ne peut être que le couronnement d'une préparation des esprits, se développant sous le double signe de la connaissance mutuelle et de la bonne volonté.
Si elle exige des Protestants un sacrifice dont on ne saurait méconnaître la grandeur, elle appelle de la part du clergé catholique, de la compréhension, jointe à beaucoup de bienveillance et de doigté.
Cette préparation a pour base de départ la connaissance approfondie de la doctrine catholique par les Protestants.
Or, l'assimilation d'une doctrine nouvelle est une opération délicate pour des esprits critiques, souvent prévenus contre elle. Elle requiert de la part des théologiens catholiques une présentation de la doctrine théorique et pratique de l'Eglise, sous une forme aussi objective que possible, faisant ressortir, en particulier, la distinction très nette entre les choses qui sont de foi, et celles qui ne le sont pas.
Je ne saurais trop insister sur une recommandation émanant de l'Apôtre du retour à l'unité, Monseigneur BESSON, lui-même.
Mon développement sera l'oeuvre de la grâce.
Encore, faut-il, pour opérer sans heurt, que la grâce trouve une ambiance favorable.