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Le procès inique L’accusation de trahison Dès que le Maréchal apprit qu’il serait jugé par contumace par la haute cour de justice instituée par le général de Gaulle, il demanda à revenir en France « pour défendre, dit-il, mon honneur de chef et protéger par ma présence tous ceux qui m’ont suivi ». De Gaulle chercha à éviter ce retour importun. Mais, le 26 avril 1945, le Maréchal se présentait à la frontière française.
Ce fut le début d’un long calvaire. Les avanies qu’il eut à subir font penser à celles de la famille royale au retour de Varennes en 1791, comme l’arrêt du train spécial en gare de Pontarlier par des émeutiers vociférant : « Pétain au poteau ! Fusillez le vieux traître ! » et jetant des pierres sur le wagon. Depuis des mois, l’opinion publique était travaillée en ce sens. En septembre 1944, les sondages révélaient que 3 % seulement des Français prônaient la peine capitale, mais ils étaient 21 % quatre mois plus tard et 44 % en mai 1945. À cette date, 16 % des sondés estimaient qu’aucune peine ne devait être infligée au Maréchal, ils étaient 64 % sept mois plus tôt.
Le Maréchal arriva le 27 avril au fort de Montrouge, où l’attendait Simon, résistant médaillé, qui devait être son geôlier. Simon... Comme le bourreau du jeune roi Louis XVII enfermé au Temple. Le lendemain, un huissier vint notifier au prisonnier l’acte d’accusation, rédigé par le procureur général Mornet et signé du 23 avril. C’était un long texte invraisemblable où il était accusé de « trahison », de « complot contre la sûreté de l’État », et d’« intelligence avec l’ennemi » !
Un complot ? Oui ! un complot contre la République, que le Maréchal aurait ourdi de longue date, de connivence avec Hitler et Franco, et qu’il aurait accompli en prenant le pouvoir à la faveur de la défaite et de l’armistice, avec pour conséquence la collaboration avec ses anciens complices. « Le complot, l’armistice, l’attentat contre la République, la collaboration, écrit maître Varaut, sont les quatre chefs d’accusation, dont les trois derniers se déduisent du premier : le crime d’intelligence avec Hitler, et dont les éléments constitutifs sont réunis avant la guerre. » (Le procès Pétain, Perrin, 1995, p. 20) Rien de moins !
Le Maréchal fut invité à choisir ses défenseurs. Il accepta plus qu’il ne choisit le bâtonnier Payen, spécialiste du droit civil, qui venait de publier une “ Plaidoirie pour les Français ”, vibrant appel en faveur de leur réconciliation. Payen, à son tour, fit appel pour l’assister à deux jeunes avocats talentueux : Jacques Isorni, qui s’était fait remarqué pour sa plaidoirie en faveur de Brasillach, et Jean Lemaire.
Avant même que les avocats aient pu commencer à remplir leur fonction, les séances d’interrogatoire commencèrent en vue de l’instruction. Celle-ci était menée par le juge Bouchardon, qui avait à se faire pardonner un article contre la République et les juifs dans Je suis partout, le journal collaborateur de Paris ! Il bâcla l’instruction en huit séances seulement, alors que plusieurs dizaines auraient été nécessaires, mais il fallait faire vite : le procès devait se tenir durant l’été. Le Maréchal fut visiblement pris de court et gêné par les questions insidieuses et partiales de Bouchardon. Les avocats, présents à partir de la deuxième séance, résolurent de parler à sa place lors du procès.
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