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05 Décembre 1952, point final du Marquis Suggérer par mail

Paris, le 12 Mai 1952
37, avenue de Lowendal

A son Eminence le Cardinal Tisserant à Rome

 

Monseigneur,

Notre correspondance a commencé par la lettre dont Votre Eminence m'a honoré. J'espère que Dieu permettra que cette correspondance n'ait pas été inutile, car si je m'y suis livré avec une franchise qui pourrait paraître excessive à certains, c'est que l'on ne peut être franc avec excès devant les assauts répétés du mensonge.

Il apparaît trop clairement que les méfaits d'une hypocrisie et d'une impudence sans vergogne sont commandés par la peur qui étreint les responsables et les profiteurs de tant de malheurs, d'effondrements et de crimes. L'égarement des esprits en est la conséquence redoutable et fait courrir au monde catholique un terrible danger.

Sans avoir la prétention de donner des conseils à Votre Eminence, je me suis permis de tenter de L'éclairer. Je vous remercie, Monseigneur, de ne pas m'entenir rigueur et de ne pas plus douter de la pureté de mes intentions que de la valeur de mes convictions.

Puisque votre Eminence semble attacher une importance primordiale à la situation matrimoniale du Maréchal, j'espère que les renseignements que je tiens maintenant des éminentes Autorités Ecclésiastiques qui furent mêlées à cette question, Lui donneront tout apaisement:
Le mariage devait avoir lieu en 1940. Pour des raisons d'une évident importance et qui tiennent à sa politique essentiellement française, le Maréchal de France, Chef de l'Etat, dut renoncer à se rendre personnellement à Paris. Par ailleurs, le mariage à Vichy aurait exposé le Maréchal et la France à un usage néfaste des indiscrétions qui n'auraient pas manqué de se produire à l'occasion de la correspondance nécessaire entre les Autorités Ecclésiastiques des deux zones.
C'est uniquement pour pallier ces difficultés ou impossibilités que le mariage se fit par procuration. Les Autorités Ecclésiastiques les plus qualifiées et les mieux renseignées m'ont nettement déclaré que ce serait fait injure au Maréchal que de prétendre qu'il eut pu envisager la procuration comme un moyen de se soustraire à la confession.
Non seulement le mariage par procuration était nécessité par l'occupation, mais il répondait aussi à l'obligation d'être réalisé en dehors de toute publicité, alors que nos faux amis comme nos ennemis étaient à l'affût de tout ce qu'ils espéraient pouvoir exploiter contre l'unité nationale, et par conséquent contre la France dont le Maréchal était non seulement le chef incontestable, mais aussi le symbole.

Je ne retranche rien à mes lettres, je pourrais seulement y rajouter beaucoup, car je vois les périls que font courir à l'Eglise les faux ou mauvais chrétiens qui osent s'en prévaloir. Devant les dangers auxquels il exposent aujourd'hui la France, qu'ils ont infestée, je n'ai eu, et n'ai d'autre souci que la sauvegarde de ma religion et de ma patrie, par le retour à l'esprit de l'Eglise éternelle et de la France chevaleresque et chrétienne, qui sont l'Eglise et la France de nos pères, de nos martyrs et de nos saints, qui sont l'Eglise et la France de Saint-Louis, et qui doivent renaître pour le triomphe de Dieu et de Sa justice.

Aujourd'hui où notre correspondance prend fin sur un sujet qui en commande beaucoup d'autres, et avec eux l'avenir de la Foi du Monde, le pauvre pécheur que je suis demande humblement au Saint-Esprit la lumière et la force pour continuer le bon combat dans cette Foi qui nous est commune.

Je prie enfin, Votre Eminence, Monseigneur, d'agréer l'hommage de mon profons respect et de bien vouloir me bénir comme un modeste, mais fidèle serviteur de Dieu et de l'Eglise de Notre-Seigneur.

signé: Marquis de Belleval.

 

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