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10-03-52 Témoignage du Chanoine POITEVIN sur la foi de Philippe PETAIN Suggérer par mail

10 Mars 1952. Après avoir exposé dans quelles circonstances le Cardinal SUHARD le proposa comme Aumônier du Maréchal PETAIN lorsque ce dernier fut fait prisonnier au fort de MONTROUGE en 1945, le Chanoine POITEVIN relate au général HERING tout ce que le Maréchal lui a inspiré au cours des entretiens qu'il eut avec lui au long du procès de la Haute Cour.

 

  • Archevêché de Paris                                                                                                   Paris le 10 mars 1952

 

Mon Général,

Je m'empresse de vous donner les brefs renseignements que vous m'avez demandés sur mon ministère d'aumônier auprès du Maréchal Pétain.

Chargé de l'ensemble des aumôneries diocésaines, c'est dès le lendemain de l'arrivée du Maréchal à Montrouge, en Avril 1945, que je recevais un coup de téléphone de Monsieur Amor, Directeur Général de l'Administration Pénitentiaire. Il me chargeait de solliciter de Son Éminence Monseigneur l'Archevêque, la désignation d'un aumônier pour le Fort de Montrouge. Je proposais immédiatement quelques noms au Cardinal Suhard qui me demanda d'assurer personnellement ce ministère. Je transmettais sa proposition au Directeur Général au cours d'un entretien dans lequel je lui présentais mes états de service comme Officier de réserve durant la guerre 39-40 et une attestation d'appartenance à un réseau de la Résistance. Ma nomination fut aussitôt agréée et, dans la suite, l'Administration pénitentiaire facilita toujours mon ministère d'Aumônier.

Durant la période de l'instruction, je me rendais deux fois par semaine auprès du Maréchal qui, manifestement, désirait mes visites. Les sujets de conversation étaient très variés, mais il aimait revenir sur des souvenirs de jeunesse, se rappelant fort bien certains cantiques du Collège de Saint-Omer, et sur ses relations avec des personnalités ecclésiastiques, en particulier avec le Cardinal Suhard qu'il avait rencontré trois ou quatre fois. Il se félicitait des entretiens qu'il avait eus avec lui, et me soulignait qu'il avait reçu de lui d'excellents conseils. Il me cita entre autres celui-ci: "Monsieur le Maréchal soyez un bon chrétien, mais ne soyez pas clérical". Et il ajouta: "Le Cardinal avait raison".

Le Maréchal assistait chaque Dimanche à la Sainte Messe. Il en suivait les prières dans un missel que je lui avais donné. Certains de ses amis me conseillaient de l'inviter  se confesser, craignant qu'il n'aborde pas lui-même cette question. Je n'étais pas de leur avis, et je préférais attendre une démarche spontanée qui donnerait à cet acte toute sa valeur et tout son sens. Je savais qu'on priait beaucoup pour mon "Retraitant" et j'avais confiance. Je ne fus pas déçu. Au début de Juillet, j'arrivais près du Maréchal comme à l'ordinaire et, tout de suite, il me dit: "Ces Messieurs m'accablent de questions depuis plusieurs semaines et ne me laissent pas de répit. Il paraît que j'étais le chef de la Cagoule. Je n'en connaissais cependant pas l'existence avant qu'ils m'en parlent. Mais mon procès va bientôt commencer, et je veux mettre mes affaires en règle auparavant, alors je suis à votre disposition pour me confesser. Il faudra que vous m'aidiez.' - "Mais ce sera bien facile, Monsieur le Maréchal. Et c'est moi qui suis à votre disposition dès maintenant". Le Maréchal acquiesça immédiatement et, après avoir fait une excellente confession, il ajouta: " Mais ce n'est pas tout. Il faudra que je reçoive aussi la Sainte Communion". - " Quand vous voudrez, Monsieur le Maréchal". - " Le plus tôt possible, cependant je préférerais que ce ne soit pas à la messe, le Dimanche, alors que je suis entouré de Monsieur le Directeur de la prison et des gardiens. Cette démarche ne regarde pas le public, et je ne voudrais pas qu'on en parle, soit en bien, soit en mal". - Il m'était très facile d'apporter la Sainte Communion sans attirer l'attention de personne, et deux jours plus tard, le Maréchal communiait dan sa cellule, après s'être recueilli et avoir récité les actes avant la Communion. Il voulut réciter tout haut les actes après la Communion. Il les lisait lentement, s'arrêta à un seul endroit: " Je prie même pour mes ennemis" - et prononça cette parole une deuxième fois - pour continuer ensuite sans interruption jusqu'à la fin. Il était heureux d'avoir mis ses affaires en règle, et se sentait plus fort pour aborder le tribunal qui se préparait à le condamner.

C'est après cette démarche qu'il rédigea la déclaration qu'il devait lire dès la première audience du Tribunal, et dans laquelle il exprimait si noblement son amour de la France et ses sentiments chrétiens. Il m'avait demandé d'assister à cette première séance pour représenter le cardinal Suhard et pour lui donner du courage.

Durant son séjour au Palais de Justice, je le voyais chaue jour. Combien de fois me répétait-il: " Heureusement que j'ai promis de garder le silence! Si vous saviez tout ce que je viens encore d'entendre! "

Mais là, tout comme au fort de Montrouge, je ne pouvais m'empêcher d'être impressionné par la charité qui transpirait de toutes ces conversations. Que de traits je pourrais citer. Je vous rapporte l'un des derniers. Le 13 Août au soir, je trouvais le Maréchal assez gai. Et cela contrariait madame la Maréchale qui prévoyait la condamnation du lendemain.  " Mais puisque je viens d'entendre des choses agréables (il s'agissait d'une belle plaidoierie de Maître Lemaire), laissez-moi me réjouir. Lisez donc à Monsieur le Chanoine, la lettre de l'Ambassadeur Stucki ". Et Madame la Maréchale lut cette lettre. Au passage " On peut même dire que le Maréchal avait la haine des Allemands ", le Maréchal frappa sur latable et protesta : " C'est faux, je n'ai de haine pour personne, pas même mes ennemis ".

Je voulais être bref. Je dois m'arrêter, me tenant à votre disposition, mon Général, pour vous donner tous compléments d'information que vous pourriez désirer sur un ministère qui a été le plus émouvant de ma vie. Vous savez que j'ai continué de suivre le Maréchal après sa condamnation. Je lui ai rendu visite au Portalet, et plusieurs fois à l'Île d'Yeu où je le vis encore trois jours avant sa mort.

Je vous prie d'agréer, mon Général, l'expression de mon profond respect.

Chanoine POITEVIN
Vicaire Général

PS/ - Ayant omis de répondre à votre question sur le maraige religieux du Maréchal, je vous précise qu'il a eu lieu le 7 Mars 1941, à l'Archevêché de Paris.

 

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