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Cette lettre du Cardinal veut démontrer le peu de cas qu'il fait de la foi chrétienne exprimée par le Maréchal Pétain. S'en tenant à des témoignages indirects, et à des rumeurs, le Cardinal affirme que le Maréchal, élevé dans la religion catholique, ne l'a jamais pratiquée. Pour preuve, dit le Cardinal, son mariage par procuration avec Madame de Hérain en 1943. Enfin, il apparaît nettement entre les lignes, que c'est bien le Cardinal TISSERANT qui a conseillé à sa Sainteté PIE XII de ne pas recevoir Me ISORNI qui lui avait pourtant demandé audience. ROME Via Po 25 C Le 2 Février 1952 Monsieur, J'ai bien reçu votre lettre du 30 Janvier. Je vous remercie pour le souci que vous avez de mon honneur. Lorsque les défenseurs du maréchal Pétain m'ont écrit, le 15 Mars 1947, pour me demander d'apposer ma signature sur une demande de grâce qu'ils voulaient présenter au président de la République, j'ai répondu par la lettre du 20 Mars, dont je vous envoie ci-joint copie. Dans le volume que Me Isorni a fait paraître récemment, volume que je ne me suis pas procuré et que je n'ai pas lu, mais dont plusieurs correspondants m'ont écrit, il a cru bon de citer une expression de ma lettre; mais il s'est bien gardé d'en publier le texte. Je ne juger pas le procédé. Mais je ne réponds pas à des hommes qui emploient de tels procédés. Le maréchal Pétain a vécu avec Mme Dehérain depuis une date que je ne connais pas. Baptisé et élevé dans les principes de la religion catholique, le futur maréchal avait depuis longtemps cessé toute pratique religieuse au moment de la première guerre mondiale. Je sais par des compagnons d'armes, qu'il n'assistait jamais aux services funèbres qui se faisaient pour les morts des unités qu'il commandait. Il afficahit donc vis-à-vis de l'Eglise une totazle indépendance, pour ne pas dire plus, car beaucoup d'officiers généraux, qui appartenaient à la religion réformée, assistaient néanmoins aux services que les catholiques disaient pour les morts de leurs unités. Ce dont je suis certain, c'est que si le maréchal Pétain avait eu un sens catholique quelconque, il aurait pu régulariser sa situation matrimoniale à partir du printemps1929. A cette date, en effet, Mme de Hérain pouvait être considérée comme libre de son premier engagement puisqu'elle avait obtenu deux décisions copnformes: la première, de l'officialité de Paris, le 30 Janvier 1929, la deuxième de l'officialité de Versailles, le 18 Mars 1929. Les deux décisions conformes de deux tribunaux différents constituant, en droit canon, la "chose jugée". Or, c'est seulement au début de 1943, pourf autant que je sache, dans le courant du mois de Janvier, que le maréchal Pétain a songé à faire un mariage religieux. Ce mariage a-t-il été fait sous la pression des Allemands, qui craignaient de le voir mourrir et enterrer civilement ou pour quelque autre raison, je ne le sais pas. Ce que je sais, en tous cas, avec certitude, c'est que le maréchal, pour ne pas avoir à se confesser, ne fit pas le mariage comme n'importe qui l'aurait fait, en appelant un prêtre dans sa chambre et en échangeant le consentement avec sa femme devant le prêtre, avec ou sans témoins, une dispense pouvant être obtenue s'il craignait que les témoins puissent parler. Pour échapper au devoir de la confession, le maréchal préféra faire un mariage par procuration. L'official de Paris fut celui qui reçut une procuration et qui répondit "oui" à la cérémonie de ce tardif mariage. Le maréchal s'est confessé pour la première fois depuis sa jeunesse au moment de sa condamnation à mort, quelques jours avant ou le lendemain, je ne peux pas vous assurer avec certitude les détails, parce que j'ai entendu deux témoignages différents. En tous cas, à partir de ce moment, il a été en relation avec plusieurs prêtres, religieux ou autres. Si donc le maréchal avait désiré recevoir une bénédiction spéciale du Souverain Pontife, ou faire entretenir le Souverain Pontife de quelques questions le regardant, il lui était facile de trouver un intermédiaire ecclésiastique. Le Souverain Pontife n'a pas ignorer la demande que Me Isorni avait faite d'une audience. Mais, pour des raisons dont le Souverain Pontife est seul juge, il a préféré ne pas recevoir en audience un avocat, qui s'était déjà fait une réclame à l'occasion du procès dans lequel son client était engagé. Je puis vous assurer ce que je dis. Le Saint Père a, lui aussi, le droit d'avoir une opinion. Si je suis sévère pour le maréchal Pétain, ce n'est pas seulement parce qu'il a collaboré avec un homme qui avait écrit dans "Mein Kampf" que le premier but de sa vie était l'anéantissement de la France, c'est surtout parce que, pour faire plaisir au chef de l'Etat allemand, il a affiché des sentiments catholiques qu'il n'avait pas. Il a pu tromper les Français et même des membres de la hiérarchie. Celui qui était alors évêque de Nancy, feu Mgr Fleury a été trompé à ce point qu'il a comparé le maréchal Pétain à Sainte Jeanne d'Arc. Pour moi, les gens qui trompent ne mértient que le mépris. Vou êtes libre de ne pas partager mon opinion. Veuillez agréer, Monsieur, les assurances de la haute considération et de mon dévouement. signé: E. Cardinal Tisserant Evêque d'Ostie
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