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08 Septembre 1949 - copie de la lettre à M. BAUDOIN et argumentaire Suggérer par mail

A travers l'argumentaire préparé par le Général Héring pour sa rencontre avec P. BAUDOIN, 9 ans après les évènements, on peut remarquer à quel point le Gouverneur Militaire de Paris a souffert des gesticulations, des ordres et contre ordres des membres du gouvernement, et pourquoi le Général souhaitait "rapatrier" le Gouvernement de Paul REYNAUD à Tours...dans le seul but d'être en mesure de pouvoir protéger la population, et de mettre de l'ordre dans la défense de la capitale menacée par l'arrivée des Allemands.

 

  • Neuilly-sur-Seine, 8 Septembre 1949

    A Monsieur Paul Beaudoin
    c/o Éditions de la Table Ronde

    Monsieur le Ministre,

    Malgré deux tentatives, je n’ai pas eu l’honneur de vous rencontrer dans les journées qui ont précédé l’évacuation de Paris, en 1940. Je le regrette d’autant plus que je sais par le maréchal et par le Général Weygand les services éminents que vous avez rendus à la France avant et après l’armistice.

    En lisant aujourd’hui, avec tout l’intérêt qu’il mérite, l’ouvrage qui vient de paraître sous votre signature : « Neuf mois au Gouvernement », je constate que, sans me connaître, vous me présentez à vos lecteurs comme un vieux …. « trop vieux, écrasé par l’émotion ».

    Venant d’un autre que vous, cette appréciation peu flatteuse ne pourrait que me faire sourire, ainsi que ceux qui m’ont vu à l’œuvre dans les sombres journées de Mai et Juin 1940.

    De la part d’un homme comme vous, elle m’est pénible, je le confesse, surtout quand je pense que, depuis la libération, je vous ai défendu avec acharnement, chaque fois que des esprits malveillants se sont permis, devant moi, de critiquer vos actes de gouvernement.

    Il n’entre pas, bien entendu, dans ma pensée, de me justifier…encore moins de vous demander deux millions de dommages intérêts, comme il est d’usage aujourd’hui chez nos adversaires.

    Tout de même, je ne serai pas fâché de vous exposer les raisons pour lesquelles j’ai cru devoir proposer au Président Reynaud, le 16 Mai 1940, le repli du Gouvernement sur Tours.

    Je vous demande de bien vouloir me donner un rendez-vous, soit chez vous, soit chez moi, à votre choix. Après une mise au point rapide, nous nous serrerons la main et l’incident sera clos.

    Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.


    Signé : Héring


    Argumentaire

    1.    Ma situation en tant que Gouverneur d’une place forte en état de siège.
    Difficultés résultant de la présence du Gouvernement qui, bien entendu, a lui aussi son mot à dire. Si le Gouvernement ne reste pas à son plafond de commandement, c’est la dualité de commandement par superpositions d’autorités.

    2.    Sous le règne de Daladier, le Gouvernement ne s’est pas immiscé dans les questions de défense, mais il est intervenu dans les questions de justice militaire.
    D’autre part, j’ai dû me batailler avec lui pour l’envoi des communistes dans des camps de concentration (discussion et perte de temps).
    Sous le régime de Paul Reynaud, et notamment à partir du 10 Juin, je n’ai plus eu mes coudées franches. M. P.R avait la prétention de diriger les opérations de défense.

    Meny et Villume venaient me harceler de sa part pour me dire ce que je devais faire ou ce que j’aurais dû faire, même quand c’était fait depuis longtemps.
    Les ministres étaient pendus à ma sonnette (Y…… chargé de superviser mes décisions en matière de Justice militaire, Compinchi, Mandel en particulier).

    Je me suis rendu compte que si les Allemands menaçaient Paris, je n’aurais pas la liberté d’action indispensable.

    On ne peut être deux à commander devant l’ennemi.

    Me débarrasser du Gouvernement a donc été ma première préoccupation à partir du 10 Mai (déclanchement de l’offensive allemande).

  • 3.    Ma proposition de replier le Gouvernement sur Tours le 16 Mai…

    4.    Quelques exemples suggestifs de l’ingérence du Gouvernement dans le commandement du G.M.P…..

    5.    Je ne pouvais plus qu’envoyer les gêneurs se faire f…..
           •    Meny et Villume (mouches du coche)
           •    Ma discussion avec P.R au sujet des travailleurs civils
                 -    services de la ville (Gérard)
                 -    10000 trav. Embauchés (M. Paumaut) le max. de ce qu’on pouvait demander et obtenir.
                      « Ce n’est pas 10000, c’est 100000, c’est 1 million que vous auriez dû me demander »

          Je me suis contenté de sourire devant ces rodomontades

    6.  Mes réponses aux demandes injustes de Mandel et consorts.
         Etc…

        Bien entendu, je ne me suis pas fait d’amis.


 

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