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Page 3 sur 3 Les Alliés, maîtres de la mer, disposaient d’une arme redoutable : le blocus.
Mais il ne suffit pas de décréter le blocus des pays ennemis ; il faut procéder, hardiment et sans retard, aux opérations qui paraissent susceptibles de le rendre efficace. Or, les matières premières essentielles sur lesquelles devaient porter le blocus contre l’Allemagne étaient le fer et le pétrole.
Pendant tout l’hiver 1939-40, le fer de Suède est passé en Allemagne par le port de NARWICK et le trafic par cabotage à la faveur des fjords de Norvège.
Le Gouvernement britannique en était parfaitement informé. En douter serait faire injure à la vigilance de l’Amirauté et de l’Intelligence Service. Mais, toujours respectueux des droits des neutres, il se contenta d’abord d’adresser des observations au Gouvernement norvégien.
Lorsqu’en désespoir de cause, il se décida à agir, les Allemands avaient déjà pris pied dans les principaux ports de Norvège, et notamment à BERGEN et à NARWICK.
Dès lors, il ne s’agissait plus d’une simple opération de blocus, mais d’une expédition outre-mer dont le premier objectif était de déloger les Allemands des ports dont ils s’étaient emparés – expédition d’autant plus aléatoire, que l’aviation allemande, maîtresse des bases norvégiennes, allait rendre singulièrement difficiles les opérations de débarquement et de ravitaillement.
L’expédition de Norvège n’en fut pas moins décidée par le Gouvernement britannique, en plein accord avec le Gouvernement français, ce dernier s’engageant à faire coopérer des forces de terre et de mer françaises avec les forces britanniques.
Son résultat le plus clair fut de détourner un certain nombre de divisions du théâtre principal d’opérations, où nous étions déjà à court d’effectifs.
Par ailleurs, rien n’a été tenté par les Alliés pour interdire l’entrée des pétroles russes en territoire allemand par la voie de la mer Noire.
Le Gouvernement Turc, désireux d’éviter un conflit avec l Russie, s’opposait au contrôle la mer Noire par les flottes alliées.
De leurs côtés, les Gouvernement français et britannique, conservant contre toute vraisemblance le secret espoir de rallier un jour la Russie à leur cause, hésitaient à prendre des mesures radicales qui eussent risqué de leur aliéner définitivement les sympathies de MOSCOU.
Et cependant, durant tout l’hiver 1939-40, où la Russie, engagée dans une guerre désastreuse contre la Finlande, se trouvait dans l’impossibilité d’entreprendre d’autres opérations, une occasion inespérée s’est offerte au Alliés d’intervenir en Orient.
Leurs Gouvernements ont été incapables de la saisir et de l’exploiter, laissant ainsi toutes facilités aux Allemands pour compléter leurs stocks d’essence en vue de leur offensive de printemps.
Même absence de décision, ou, plus exactement, même aboulie des Gouvernements Alliés lorsque s’est posée la question du blocus de l’Italie.
Depuis le début de la guerre, l’Italie, bien que non belligérante, ravitaillait l’Allemagne au vu et au su de tout le monde. La nécessité de resserrer le blocus de ce pays, s’avérait avec d’autant plus de force que nous n’avions pas de complications à attendre de ce Gouvernement.
C’est donc consciemment que les Alliés ont laissé l’Italie libre de « donner à manger au crocodile ».
La mansuétude, pour ne pas dire la faiblesse dont ils ont fait preuve en la circonstance a eu sa conséquence fatale et logique : le resserrement de l’axe.
- carence de direction sur toute la ligne -
Tout bien considéré, à aucun moment de la lutte, les Alliés n’ont su prendre l’initiative des opérations.
Du commencement de la guerre jusqu’à l’Armistice, ils se sont laissés mener par leur adversaire.
Le Gouvernement français n’ayant pas d’idée arrêtée, pouvait difficilement faire prévaloir ses avis au sein du Conseil Supérieur de la Coalition. Il s’est contenté de se tenir à la remorque du Gouvernement britannique.
Celui-ci a donc pris la direction de la coalition, d’une main assez hésitante d’ailleurs, et il l’a conservée jusqu’aux jours sombres de Juin 1940, où, jugeant la situation de son partenaire désespérée, il l’a froidement laissé tomber.
« …Tempora si fuerint nubila, solus eris » Ne nous en prenons qu’à nous-mêmes.
Royat, le 15 Décembre 1940
Signé : P. Héring
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