|
Page 1 sur 3 Ecrite en décembre 1940, cette analyse du Général HERING prouve, si besoin est, que le dispositif militaire de l'armée française n'est pas le seul responsable de la défaite de la guerre de 40. Il faut y voir aussi la pusillanimité des dirigeants britanniques, et le manque de volonté du Gouvernement français. La conclusion du général est claire... " Tout bien considéré, à aucun moment de la lutte, les Alliés n’ont su prendre l’initiative des opérations. Du commencement de la guerre jusqu’à l’Armistice, ils se sont laissés mener par leur adversaire. Le Gouvernement français n’ayant pas d’idée arrêtée, pouvait difficilement faire prévaloir ses avis au sein du Conseil Supérieur de la Coalition. Il s’est contenté de se tenir à la remorque du Gouvernement britannique. Celui-ci a donc pris la direction de la coalition, d’une main assez hésitante d’ailleurs, et il l’a conservée jusqu’aux jours sombres de Juin 1940, où, jugeant la situation de son partenaire désespérée, il l’a froidement laissé tomber. « …Tempora si fuerint nubila, solus eris » Ne nous en prenons qu’à nous-mêmes!
La carence de la direction de la guerre
L’invasion de la Pologne par les armées allemandes, au début de Septembre 1939, appelait impérieusement, de la part de la France et de l’Angleterre, une action de diversion.
Comment pouvait-on concevoir cette action ?
Une offensive en direction de MAYENCE, excluait toute possibilité de coopération des forces britanniques avec les forces françaises. Elle venait se buter, dès son débouché en territoire allemand, contre la ligne SIEGFRIED. Or, les forces françaises n’étaient pas outillées pour faire brèche dans une position aussi fortement organisée.
Y fussent-elles parvenue, grâce à une accumulation d’Artillerie lourde sur un front étroit, que, la brèche faite, les unités d’exploitation, ralenties et dissociées dans la traversée d’une zone profonde de « sperren » se fussent trouvées finalement bloquées devant une deuxième position, aussi forte que la première. En mettant toutes les chances de leur côté, elles auraient peut-être réussi à créer une poche dans le dispositif ennemi, mais ce résultat eut été sans aucune portée stratégique. Quant à l’effet de diversion recherché, il n’aurait certainement pas été obtenu.
Pour contraindre l’Allemagne à relâcher son étreinte en Pologne, il fallait aller fort et vite. La seule manière d’y parvenir était de déborder la ligne SIEGFRIED par le Nord.
La manœuvre du Nord, outre qu’elle était réalisable avec les moyens dont nous disposions, en regard de ceux que pouvaient nous opposer présentement l’Allemagne, se prêtait au mieux à la coopération des forces terrestres, maritimes et aériennes de la France et de l’Angleterre.
Elle visait un objectif stratégique de première importance, la RUHR.
Au minimum, elle assurait aux Alliés, la possession du canal ALBERT, garantie sérieuse contre une offensive allemande visant PARIS ou LONDRES.
Cette manœuvre impliquait, il est vrai, la violation de la Belgique, et même celle de la Hollande. Elle était, par suite, au premier chef, affaire de Direction de la Guerre.
Le Haut Commandement français l’avait suggérée à son Gouvernement ; mais celui-ci s’était heurté à l’opposition formelle du Gouvernement belge, jaloux de sa neutralité, comme aussi à celle du Gouvernement britannique que le sans-gêne de HITLER n’avait pas guéri de ses scrupules.
A la place de nos dirigeants, HITLER n’aurait pas hésité à forcer le consentement des britanniques, quitte à les menacer de se retirer de la lutte, en cas de refus de leur part. Quant à la neutralité de la Belgique, il n’en aurait eu cure.
|