Un des plus jeunes patrons de l'Ecole de Guerre (1926-1929), le Général Héring, terminera sa carrière, qu'il débuta avec Galliéni en 1900 à Madagascar, comme Commandant en Chef de l'Armée de Paris en Juin 1940, après avoir dirigé les Grandes Manoeuvres de Franche Comté en 1934, et de Normandie en 1937 en présence de M. DALADIER et de Lord BELISHA, Ministre de la Guerre de Grande Bretagne. Depuis 1928, le général Héring prêchait les nouveaux principes de la guerre de mouvement, enseignements que les Allemands surent prendre en compte aux dépens de notre Armée, enkystée dans les tourments d'une guerre de position, paralysée par le compartimentage des armes, et démoralisée, à partir de 1936, par le pacifisme ambiant, distillé et entretenu dans la société par le parti Communiste notamment, le Gouvernement et le Parlement tergiversant sur les mesures à prendre pour redresser le moral de la nation.
Le général Pierre Héring, d'une vieille famille alsacienne, est né à Strasbourg le 23 Mars 1874. Il entre à l'Ecole Polytechnique le 1er Novembre 1892 et en sort dans l'Artillerie. De 1900 à 1902, on le trouve avec Gallieni à Madagascar où il fait campagne. L'année suivante il est admis comme lieutenant à l'Ecole de Guerre où il obtient son brevet d'Etat-Major avec la mention "très bien".
Promu capitaine en 1906 pendant qu'il effectue son stage à l'Etat-major du 5ème Corps d'Armée, il se retrouve au 48ème Régiment 'Artillerie à Dijon entre 1908 et 1911. Il est affecté au 2ème bureau puis mis à la disposition du Conseil Supérieur de Guerre. En 1914, lorsque la guerre éclate, il est à l'Etat-Major du général de Castelnau qui commande la 2ème armée. Le 1er Novembre 1914, il est promu Chef d'escadron. Au bout de 18 mois passés à s'occuper de l'organisation et de l'emploi de l'Artillerie, il se retrouve en mission auprès du Corps Expéditionnaire Britannique et est nommé Lieutenant-colonel à titre temporaire. Il prend alors le commandement du 234ème régiment d'Artillerie qu'il quittera en Avril 1917 pour prendre les fonctions de Chef d'Etat-Major du groupe des Armées de l'Est.
Chef d'Etat-Major
Sous-chef d'Etat-Major de l'Armée du Rhin en 1919, il est Colonel l'année suivante et devient Chef d'Etat-Major du Maréchal Pétain en 1922. Ce sera le début d'une longue et fidèle amitié entre les deux hommes. Général de brigade en 1924 à cinquante ans, il prendra deux années plus tard la direction de l'Ecole de Guerre où il sera le plus jeune "patron" que l'Ecole ait connue. Lors de sa promotion au grade de général de division en décembre 1928, il est nommé à la tête de la 15ème division d'infanterie et en janvier 1931, il prendra le commandement de la 7ème région militaire de Besançon, puis en mai 1935, membre du Conseil Supérieur de la Guerre, il deviendra Gouverneur de Strasbourg, sa ville natale.
Le général Héring sera fait Grand Officier de la Légion d'Honneur le 2 Juillet 1936. Nommé gouverneur militaire de Paris le 7 Septembre 1939, à la déclaration de guerre, ce soldat lucide et courageux n'aura sous ses ordres que 10.000 hommes, 200 canons et 30 chars à opposer à la Wehrmacht.
Le général Dentz lui succédera en Juin 1940 lorsque la capitale sera déclarée "ville ouverte". Après la guerre, le général Héring viendra déposer en faveur du général Dentz lors du procès de celui-ci, déclarant que "...dans cette doulureuse affaire, sa conduite avait été parfaitement irréprochable".
A l'Ecole de Guerre
Le rôle du général Pierre Héring, lorsqu'il était notamment à la tête de l'ecole de Guerre, reste largement méconnu et pourtant capital. Rompant avec le conformisme ambiant de l'époque, c'est un novateur, acquis bien avant d'autres à l'importance des chars dans les batailles futures, concepteur de la guerre de mouvement, réclamant des transmissions radio toujours plus nombreuses, insistant sur l'emploi de l'aviation combiné avec les chars, imposant, contre l'opposition de beaucoup et principalement celle du grand maître de l'infanterie d'alors, le général Maurin, l'organisation de "groupements tactiques" mettant au combat des éléments d'artillerie - ou d'autres armes - sous les ordres momentanés de chefs d'infanterie ou de cavalerie.
En 1944-45, les Américains adopteront avec succès cette tactique sous le nom de "Combat team" ou "Combat command"...
Des anciens élèves de l'Ecole de Guerre de Pierre Héring, les futurs maréchaux et généraux Juin, de Lattre, Guillaume, tous trois de la même promotion, s'inspireront également profondément de sa doctrine. Son sens de l'humour l'aidera aussi beaucoup dans ce qu'il appelera son combat contre les "dinosaures" de l'Etat-Major pour faire entrer des idées nouvelles dans l'enseignement et la stratégie... Sa doctrine, d'une force novatrice considérable, ne lui donnera cependant pas la toute première place qu'il aurait méritée... On lui préféra Gamelin... Comment savoir ce qu'aurait été la bataille de France de 1940 si le général Héring avait été généralissime?...
En 1951, dégagé depuis 10 ans du devoir de réserve, Pierre Héring mènera un autre combat, le dernier, en devenant l'un des fondateurs de "l'Assiociation pour Défendre la Mémoire du Maréchal Pétain", qu'il présidera et où il le défendra inlassablement. Le titre de son livre, paru en 1956, "La vie exemplaire de Philippe Pétain" en dit assez sur sa fidélité à son vieux chef.
Il l'avait accompagné une dernière fois, aux côtés du général Weygand et de bien d'autres, un jour de Juillert 1951, au petit cimetière de l'île d'Yeu.
En 1959, il entamera avec le général de Gaulle - revenu au pouvoir l'année précédente - une série de contacts visant à transférer la dépouille mortelle du vainqueur de Verdun à Douamont, parmi ses soldats, comme il l'avait toujours souhaité.
Ses relations avec de Gaulle
Les généraux Héring et de Gaulle se connaissaient depuis l'Ecole de Guerre et s'estimaient mutuellement, au-delà de toute polémique. L'affaire du transfert s'engageait bien, appuyée énergiquement par d'autentiques résistants, eux aussi soucieux de reconciliation nationale, comme par exemple le colonel Rémy, mais une indiscrétion venue de l'extérieur révéla publiquement le projet, ce qui le fit échouer. Le 3 Septembre 1959, le général de Gaulle adressait au général Héring la lettre suivante:
" Mon général,
Je suis heureux que la lettre de votre petit-fils m'ait donné l'occasion d'exprimer le respect et l'affection que j'éprouve à votre égard. Veuillez croire que la fidélité que vous portez à la mémoire du maréchal ne fait que me confirmer dans les sentiments que je vous porte. L'opinion que j'ai de la politique où il fut entraîné et le fait même que je l'ai combattue ne m'empêchent certes pas de me souvenir des très grands services qu'en d'autres temps - où il était entièrement lui-même - il a rendu à la patrie.
Je vous prie d'être bien assuré, mon général, de mes sentiments les plus dévoués."
C. de Gaulle
Ce visionnaire qui, après avoir lutté pour changer les mentalités et les doctrines archaïques, verra son enseignement triompher et mené par d'autres, est décédé en 1963. Pierre Héring a bien mérité de figurer parmi les grands précurseurs de la pensée militaire de notre temps.
Il était Grand-Croix de la Légion d'Honneur depuis 1941.
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