Avec à-propos, le général Héring, dans cette note écrite en pleine guerre, au mois d'Avril 1940, détaille les mesures à prendre par les Alliés, pour profiter de l'échec russe en Finlande, et neutraliser ses forces de ravitaillement vers l'Allemagne.
I – Conséquences de l’échec russe en Finlande
1. Ebranlement du communisme dans le monde du fait de la violence commise par la Russie à l’égard de la Finlande, et de la perte de prestige résultant de l’échec des Armées russes.
2. Relèvement de la confiance des puissances nordiques.
3. Encouragement à l’action pour la Turquie qui se méfiait des Russes, comme aussi pour la Roumanie qui se sentait menacée sur deux fronts.
4. Incitation à l’Italie et aux pays balkaniques de s’unir pour faire tête au danger bolchevique.
5. Dépit de l’Allemagne qui s’aperçoit du peu de valeur de son Alliée.
6. Ralentissement du ravitaillement de l’Allemagne par la Russie.
II - Exploitation de la situation nouvelle créée par l’échec russe en Finlande
1. Accentuer la pression contre la Russie de façon à réduire davantage encore, voire même à neutraliser ses possibilités de ravitaillement à l’égard de l’Allemagne.
A cet effet : • Renforcer la Finlande en cherchant à entraîner la Suède et la Norvège,
• Renforcer notre armée du Levant, de façon à constituer avec les forces turques, une manne susceptible d’agir vers le Caucase (possibilité d’insurrection de la Russie blanche, de l’Ukraine et du Caucase), et éventuellement de renforcer la Roumanie.
• En tout état de cause, contrôler la Mer Noire et couper les communications entre Batoum, Constantan ou Odessa.
2. Inciter les pays balkaniques à s’unir avec l’Italie, et laisser à celle-ci les mains libres dans les Balkans, de façon à nous la rallier et à permettre ainsi la constitution d’un front Sud de la coalition anti-germanique.
3. Accentuer notre propagande mondiale contre le Bolchevisme et, avant tout, donner l’exemple :
• En rompant les relations diplomatiques avec la Russie ; • En traquant le communisme jusqu’à sa destruction.
Sur le Rhin, observer une attitude défensive.
Il vaut mieux nous laisser attaquer sur notre front fortifié que de nous exposer à un échec, ou à un demi-échec (positions échelonnées) et, de toutes façons à de lourdes pertes, en fonçant inconsidérément sur la ligne Siegfried. « Je saurai bien les faire sortir de leur ligne Maginot » Hitler.
Il est possible, d’ailleurs, que, de leur côté, les Allemands renoncent à nous attaquer directement. Dans ce cas deux hypothèses :
• Attaque contre le Danemark et la Suède (le fer) • Attaque contre la Roumanie (le pétrole), en coopération avec la Russie, marchant sur la Bessarabie, et la Bulgarie, prenant les Roumains à revers.
.Cette dernière hypothèse ne serait vraisemblablement à envisager qu’après règlement de la question Finlandaise.    |