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Les analyses reproduites ci-dessous ont été, pour la plupart, communiquées par le Général au Conseil Supérieur de la Guerre en son temps. Ces contributions éclairent le visiteur sur ce qu'était la situation militaire en Europe dans les années qui précèdèrent la 2ème Guerre mondiale, et dévoilent ce que le général Héring prévoyait de faire en 1940. Sa note du 15 Décembre 1940 sur "la carence de direction de la guerre" de Janvier à Juin, résume, en termes simples et sans langue de bois, les causes de la défaite des Alliés.
Le Général HERING - Commandant la 7ème Région - L'agression Allemande telle que je l'envisage 18 Avril 1934
NOTE VERBALE 1- L’AGRESSION ALLEMANDE, TELLE QUE JE L’ENVISAGE
1er Acte - Attaque brusquée dirigée contre la Lorraine et l’Alsace, sans déclaration de guerre, et visant * La prise de possession d’un gage, en vue de négociations ultérieures pour la révision du traité de Versailles * La mainmise d’entrée sur les deux pivots de manœuvre : METZ/THIONVILLE, pivot de la manœuvre par le Nord, Tête de pont de BÂLE, pivot de la manœuvre par le Sud.
Le gouvernement allemand protestera à la face du monde de son seul désir d’obtenir la révision des clauses du traité de Versailles, à l’exclusion de toute idée de conquête.
Quant à nos alliés et amis, ils feront appel à notre « sang-froid ».
Ou bien nous nous soumettrons aux conditions exigées, et ce sera pour la France la vassalité définitive, ou bien nous résisterons et alors :
2ème Acte – Manœuvre allemande par le Nord ou par le Sud
Un pourrait évidemment envisager d’autres hypothèses, mais celle-ci me paraît, la plus vraisemblable de toutes, comme aussi la plus redoutable.
2 -ORGANISATION DES FORCES DE COUVERTURE
De gros progrès ont été réalisés depuis trois ans et satisfaction m’a été donnée sur de nombreux points, en particulier sur l’organisation du commandement.
Toutefois, quelques lacunes subsistent encore, dont les principales sont les suivantes :
* Les garnisons de secteurs fortifiés de COLMAR et de MULHOUSE, qui ne comportent actuellement, par secteur, que deux demi bataillons de mitrailleurs, à effectif d’ailleurs très réduit, sont à compléter à la couverture, non seulement par le rappel des réservistes, mais par l’adjonction d’un Etat-Major, d’éléments d’artillerie et de services. Quant à la garnison du secteur d’ALTKIRCH, elle est à constituer de toutes pièces. Dans ces conditions, la garde du Rhin ne peut être assurée d’une façon convenable que le 4ème jour de la couverture. * La 14ème Division, réserve de couverture, se trouve dans des conditions de mise sur pied analogues. Ses charges de mobilisation se sont même accrues dans le dernier plan, du fait de l’amputation des trosièmes bataillons des 35ème et 152ème R.I.
Les desiderata que j’ai exprimés, à savoir :
* Constitution dès le temps de paix de secteurs fortifiés autonomes (commandement, Etat Major, troupes de toutes armes et services),
* Recomplètement des 35ème et 152ème R.I. par prélèvement sur les ressoures de l’intérieur,correspondent au minimum de sécurité indispensable.
3 - ORGANISATION DEFENSIVE DE LA FRONTIERE DU RHIN
Entre SCHÖNAU et HOMBOURG, cette organisation se réduit à un rideau de feux étiré, voire même discontinu. Aucune idée tactique ne semble avoir présidé à son établissement.
Au Sud de HOMBOURG, dans la partie la plus vulnérable du secteur de couverture de la 7ème Région, elle est inexistante. On n’a même pas songé, sinon à aménager défensivement le nouveau canal du Rhin, du moins à en préparer l’aménagement.
Il serait nécessaire :
* D’améliorer cette organisation, notamment en lui donnant de la profondeur sur les axes d’attaque probable de l’ennemi (organisation de KASTENWALD, de la forêt de DESSENHEIM, de la MARDT), * De la compléter en remédiant aux lacunes du dispositif actuel et en prolongeant ce dispositif, comme l’envisage le Haut Commandement, jusqu’à la frontière suisse.
La réalisation d’un front de couverture, face aux débouchés de BÂLE, se heurte, il est vrai, à l’interdiction résultant des clauses spéciales des traités de 1815.
Mais ce serait faire preuve d’une pusillanimité véritablement exagérée que de vouloir respecter ce clauses à la lettre, alors que les Allemands font table rase de tous les traités.
L’installation du réseau général des transmissions de commandement et de tir qui, logiquement, aurait dû précéder les travaux de fortification permanente, reste inachevée dans le secteur de COLMAR, inexistante dans les secteurs de MULHOUSE et d’ALTKIRCH.
Cette lacune est, sans contredit, la première à combler. 4 - MESURES A PRENDRE EN VUE DE PARER A UNE SURPRISE
Quelque perfectionnement que nous apportions à l’organisation de nos forces de couverture et à l’organisation défensive de la frontière, une surprise restera toujours possible. Or, une opération visant l’enlèvement par surprise des ponts du Rhin serait d’autant plus tentante pour les Allemands et d’autant plus dangereuse pour nous, que sa réussite entraînerait infailliblement l’écroulement de nos dispositions de couverture. Tous nos efforts doivent donc tendre à conjurer ce danger.
Dans cet ordre d’idées, la garde permanente des ponts du Rhin réalise déjà un progrès sensible. Encore faudrait-il que les postes de garde ne fussent pas exposés, comme ils le sont actuellement, à être enlevés par un simple coup demain. Cette condition exige :
* D’une part, la possibilité pour ces postes de couper instantanément les ponts (travée roulante ou pont-levis), * D’autre part, leur installation dans les blockhaus susceptibles non seulement de commander le pont (canon et mitrailleuse sous tourelle enfilant le pont), mais de résister aux attaques de partis ennemis qui auraient réussi à franchir le Rhin en amont ou en aval (fossé de garde anti-chars).
Mais c’est surtout dans les mesures préventives (plan d’alerte), prises par les Commandants de Région, que réside la garantie la plus certaine de sécurité. Les décisions gouvernementales ne pourront être prises en effet, qu’en réunion de Conseil des Ministres. De ce fait, elles seront fatalement tardives. On ne saurait donc laisser trop d’initiative aux Commandants de Région. Aux mesures déjà consenties aux Commandants de région frontière dans le plan d’alerte, je demande instamment que soient ajoutées :
* La « mise sur pied de la garnison de sûreté de BELFORT » (disposition particulière à la 7ème Région) * La « fermeture de la frontière », garantie indispensable contre une tentative brusquée de franchissement du fleuve (1) * La « prise de dispositif réduit de D.A.T » (rappel des réservistes de guet, des centres de renseignement, etc…)
Ces deux dernières mesures, qui se complètent l’une l’autre, doivent être prises simultanément, dès l’ordre d’alerte. Le gouvernement français, dont la politique est essentiellement pacifique, s’interdit pas là même toute initiative pouvant revêtir un caractère offensif. De ce fait, le gouvernement allemand est maître de l’heure, ce qui assure d’entrée à la Heeresleitung une supériorité marquée. Pour compenser cette supériorité, le moins que puisse faire le gouvernement français est de laisser à notre commandement toute liberté dans la prise des mesures préventives de couverture, autrement dit l’initiative défensive.
Besançon, le 18 Avril 1934
(1) La « fermeture de la frontière » n’entraîne pas la rupture des communications internationales. Son but est simplement d’interdire le franchissement de la frontière aux éléments suspects, en ouvrant le passage qu’à bon escient.
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